Perspective

Repli tactique de Trump à Minneapolis : le danger de dictature persiste

Un membre de la famille réagit après qu'un agent fédéral de l'immigration ait utilisé un bélier pour enfoncer une porte avant de procéder à une arrestation, le dimanche 11 janvier 2026, à Minneapolis. [AP Photo/John Locher]

Au cours des 24 dernières heures, l'administration Trump a été contrainte de battre en retraite après l'exécution d'État de l'infirmier Alex Jeffrey Pretti par des agents fédéraux de l'immigration à Minneapolis. Ce repli ne signifie toutefois pas un abandon de sa ligne autoritaire, mais plutôt un réajustement. La menace de dictature demeure aussi réelle et grave que jamais.

Face à une vague d'indignation et de protestations publiques, la Maison-Blanche a cherché à revenir sur les mensonges et les attaques les plus incendiaires proférés par les hauts responsables de Trump au lendemain du meurtre de Pretti. Lundi, Karoline Leavitt, attachée de presse de la Maison-Blanche, s'est abstenue de défendre les déclarations de Stephen Miller et de la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem, qui ont qualifié Pretti de « terroriste national » ayant tenté d'« assassiner » des agents des forces de l'ordre. Leavitt a plutôt insisté sur le fait que « nous laisserons les faits parler d'eux-mêmes » et a affirmé, dans un mensonge évident, que « personne à la Maison-Blanche, y compris le président Trump, ne souhaite voir des gens blessés ou tués ».

Dans le même temps, l'administration a retiré de Minneapolis Gregory Bovino, haut responsable de la police des frontières, dont les fausses déclarations sur Pretti ont été parmi les premières à circuler. Plusieurs agents auraient été retirés, et le ton de Trump a changé : après avoir accusé le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, d'« inciter à la violence », il a salué un appel téléphonique avec lui comme la preuve qu'ils étaient « sur la même longueur d'onde ».

Ce changement n'est pas le résultat d'une remise en question morale ou de la pression exercée par les politiciens démocrates. Il est le résultat de manifestations de masse, d'une colère populaire montante et d'un mouvement de plus en plus important dans tout le pays en faveur d'une grève générale. La Maison-Blanche comprend que le meurtre d'Alex Pretti, survenu deux semaines seulement après l'exécution de Renée Nicole Good dans la même ville, a provoqué la crise politique la plus grave du second mandat de Trump.

Ce repli limité ne fait que souligner à quel point l’assaut de Trump a été facilité par le Parti démocrate. Au cours de l'année écoulée, les démocrates et les médias ont présenté Trump comme une force imparable, affirmant qu'il n'y avait rien d'autre à faire qu'attendre les prochaines élections. En réalité, la capacité de Trump à se déchainer contre la Constitution dépend entièrement de la complicité, du silence et de la lâcheté des responsables démocrates à tous les niveaux.

Interpréter ce repli partiel comme la preuve que la menace est passée serait une erreur fatale. L'administration n'abandonne pas ses projets de dictature présidentielle. L'invocation de la Loi sur l'insurrection est toujours envisagée. Trump a répété à plusieurs reprises qu'il serait un « dictateur dès le premier jour », et il met cette menace à exécution. Ce n'est pas la première fois qu'un despote jette un certain nombre de ses subordonnés aux loups, ne serait-ce que temporairement, pour se regrouper, et tout ce que Trump fait un jour peut être immédiatement annulé le lendemain.

Il est frappant de constater que, malgré les acclamations initiales des médias alignés sur le Parti démocrate à propos du prétendu triomphe de la « démocratie », pas un mot n'a été dit sur le fait que Donald Trump, l'orchestrateur de ce règne de terreur, reste en fonction. Personne n'a été tenu responsable. Les assassins d'Alex Pretti restent inconnus et en liberté. Les instigateurs du crime – avant tout Trump lui-même, ainsi que le conseiller de la Maison-Blanche Stephen Miller, la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem, le directeur par intérim de l'ICE Todd Lyons et le directeur du FBI Kash Patel – restent au pouvoir.

Les principaux démocrates s'empressent de répandre la complaisance, de désamorcer la colère populaire et de présenter la situation comme étant maitrisée. Lundi, le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, a qualifié son entretien téléphonique avec Trump de « productif ». Il s'agit du même Donald Trump que Walz avait décrit avec justesse, douze jours plus tôt, comme menant « une campagne de brutalité organisée contre le peuple du Minnesota ». Qu'est-ce qui a changé ?

Selon Trump, Walz « l'a appelé » et lui a dit qu'ils devaient « travailler ensemble ». En réponse, Trump s'est engagé à envoyer le tsar des frontières Tom Homan dans le Minnesota et à garantir la coopération pour transférer « tous les criminels » détenus par l'État à l'ICE. Trump a déclaré que l'appel avait été « très bon » et a affirmé que lui et Walz étaient « sur la même longueur d'onde ». Le porte-parole de Trump a clairement indiqué que l'objectif de l'administration restait la remise forcée de tous les immigrants sans papiers, avec la pleine coopération de la police locale et de l'État.

Le bureau de Walz, a lui aussi adopté un ton chaleureux. Il a déclaré que Trump avait accepté de « travailler de manière plus coordonnée sur l'application des lois en matière d'immigration concernant les criminels violents » et d'envisager de « réduire le nombre d'agents fédéraux dans le Minnesota ». Le bureau du gouverneur a même affirmé que Trump aiderait à garantir des « enquêtes indépendantes » sur les meurtres d'Alex Pretti et de Renée Nicole Good.

Cette déclaration est une insulte à l'intelligence du public. Elle laisse entendre que le principal instigateur de la répression va désormais garantir une enquête en bonne et due forme sur les crimes ordonnés et défendus par son administration.

Le consensus au sein de la classe dirigeante américaine sur la nécessité de tenter de mettre fin aux manifestations dans le Minnesota s'est traduit par la décision du Wall Street Journal de publier une tribune libre du gouverneur du Minnesota, Walz. Le journal d'extrême droite, propriété du milliardaire Rupert Murdoch, a critiqué la gestion de l'immigration par Trump, la qualifiant d'inutilement provocatrice, et a déclaré dans un éditorial que le meurtre d'Alex Pretti « appelle à repenser la manière dont l'ICE se comporte, en particulier à Minneapolis où les tensions montent ».

Dans son éditorial, tout en réitérant certaines critiques à l'égard des méthodes de Trump, Walz a affirmé que le Minnesota coopérait en fait avec l'ICE en lui remettant des prisonniers immigrés en vue de leur expulsion, et a déclaré : « Tout le monde veut voir nos lois sur l'immigration appliquées. »

La plus grande crainte du Parti démocrate n'est pas la dictature, mais l'intervention indépendante de la classe ouvrière. Son objectif politique central est de bloquer, désorienter et étouffer le développement d'un mouvement de masse venant d'en bas. Il souhaite également créer de meilleures conditions politiques pour faire passer tous les projets de loi de financement afin d'éviter un arrêt des activités gouvernementales, afin de continuer à financer sans interruption l'administration Trump et, en particulier, le gigantesque appareil d'agression impérialiste.

Les manifestations du 23 janvier, qui ont rassemblé plus de 100 000 personnes dans les rues du Minnesota, n'ont pas été organisées par l'establishment politique. Elles sont issues de la classe ouvrière et de la jeunesse. La demande d'une grève générale prend de l'ampleur. Dans les écoles, les hôpitaux, les usines et les entrepôts, les travailleurs discutent de la manière de riposter.

Il s'agit là de l'évolution la plus significative de la vie politique américaine. Ce qui effraie la classe dirigeante, ce n'est pas seulement la révélation d'un crime. C'est l'émergence d'un mouvement de masse de la classe ouvrière qui menace la dictature non seulement dans sa forme mais aussi dans son essence, c'est-à-dire la dictature du capital.

Le mouvement qui s'est mis en marche ne doit pas s'arrêter. Les manifestations, les grèves et les mobilisations doivent se poursuivre et s'intensifier. Les préparatifs doivent avancer pour une action de masse, y compris une grève générale nationale. Toutes les conditions qui ont poussé des dizaines de milliers de personnes dans les rues demeurent : les meurtres et les rafles de l'ICE, les détentions et les expulsions de masse, l'escalade de la guerre mondiale, la montée du fascisme et, surtout, la domination de la société par une oligarchie financière incompatible avec la démocratie.

Ce régime ne recule pas. Il se regroupe. Son programme reste le même : un État policier à l'intérieur, la conquête à l'étranger et la défense d'une richesse et d'un pouvoir obscènes par la répression et la violence. La classe ouvrière doit répondre avec encore plus de détermination et de clarté d'intention, par l'organisation, l'unité et la construction d'une direction socialiste révolutionnaire.

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