Perspective

Les Nations unies condamnent la légitime défense iranienne en pleine guerre d'extermination menée par l'impérialisme américain

Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU, s'adresse à la 80e session de l'Assemblée générale des Nations Unies au siège de l'ONU à l'occasion de la Semaine de haut niveau, le lundi 22 septembre 2025 [AP Photo/Angelina Katsanis]

Le Conseil de sécurité des Nations unies a de fait approuvé la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran mercredi, avec l'adoption de la résolution 2817 (2026). Le texte «condamne avec la plus grande fermeté» les frappes de représailles iraniennes contre les États du Golfe, sans toutefois mentionner les bombardements menés pendant près de deux semaines par l'impérialisme américain et son allié israélien contre ce pays de 90 millions d'habitants.

Le prétexte de cette résolution est que l'Iran a lancé des frappes de représailles contre sept pays : Bahreïn, le Koweït, Oman, le Qatar, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et la Jordanie. Or, ces sept pays abritent des bases militaires américaines activement utilisées pour mener la guerre contre l'Iran, du quartier général de la Cinquième flotte à Bahreïn à la base aérienne d'Al Udeid au Qatar, en passant par Al Dhafra aux Émirats arabes unis. Ces États ne sont pas des spectateurs neutres. Ils sont, de fait, des belligérants. Les frappes iraniennes sur leurs territoires ont été lancées en état de légitime défense et ont tué environ 11 civils. Les États-Unis et Israël ont tué plus de 1 300 personnes rien qu'en Iran.

La résolution n'a même pas relevé le fait que les États-Unis, dirigés par le fasciste Donald Trump, ont lancé le 28 février une guerre d'agression non provoquée contre l'Iran, un pays historiquement opprimé. Avec l'aide précieuse de son allié sioniste, Washington a effectué en quelques heures l'assassinat ciblé du Guide suprême, l'ayatollah Khamenei, et de dizaines d'autres hauts responsables politiques et militaires d'un État apparemment souverain.

En moins de deux semaines de bombardements massifs, les missiles américains et israéliens ont tué des milliers de civils iraniens, dont plus de 160 enfants lors d'une seule frappe contre une école de jeunes filles. Ces criminels de guerre ont attaqué des dizaines d'hôpitaux et d'écoles, cherché à désorganiser l'approvisionnement énergétique et à polluer l'environnement en détruisant des raffineries de pétrole, et forcé des millions de personnes à fuir leurs foyers en Iran et au Liban, où le régime sioniste a également mené des opérations aériennes et terrestres. Rien de tout cela n'a même été mentionné.

La résolution a été adoptée par 13 voix et 0 contre. Donnant l'impression que les représentants de l'ONU avaient simplement retranscrit les objectifs de guerre de l'impérialisme américain, le communiqué de presse annonçant l'adoption de la résolution indiquait: «Elle condamne spécifiquement les attaques de l'Iran contre des zones résidentielles et des infrastructures civiles – exigeant leur cessation immédiate – tout en exigeant que Téhéran mette fin à ses menaces, provocations et actions visant à entraver le commerce maritime, ainsi qu'à son soutien à des groupes mandataires dans toute la région.»

Parmi les pays ayant voté en faveur de ce document scandaleux figuraient les membres permanents du Conseil de sécurité que sont la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis, ainsi que les membres non permanents que sont le Bahreïn, la République démocratique du Congo, le Danemark, la Grèce, la Lettonie, le Libéria, le Pakistan, le Panama et la Somalie.

Fait remarquable, la Russie et la Chine, membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU et donc en mesure d'opposer leur veto à cette résolution, ont choisi de s'abstenir et de permettre son adoption. Par là, elles ont apporté un soutien politique à l'impérialisme américain dans sa guerre d'anéantissement contre l'Iran. Dans une tentative désespérée de sauver la face, la Russie a présenté une seconde résolution, dont elle savait qu'elle serait rejetée, appelant à la fin de la guerre et à une solution diplomatique. Seuls quatre des quinze membres ont pu se résoudre à la soutenir.

Ce comportement misérable découle de la nature sociale et des intérêts de ces deux régimes capitalistes. Malgré l'encerclement systématique de la Russie par l'OTAN et la provocation de la guerre menée par les États-Unis et l'OTAN contre elle en Ukraine, le président russe Vladimir Poutine croit encore possible un compromis avec Washington et que celui-ci reconnaisse le «droit» de l'oligarchie russe à exploiter sa propre classe ouvrière et à contrôler une sphère d'influence.

En soutenant la destruction de l'Iran par Washington et le pillage de ses ressources, le Kremlin, agissant selon le vieux mantra stalinien de la «coexistence pacifique» avec l'impérialisme, espère pouvoir conclure avec Trump un accord sur l'Ukraine et sur des investissements américains.

Quant au gouvernement chinois dirigé par Xi Jinping, un élément majeur à court terme est la visite imminente de Trump à Pékin à la fin du mois. Afin de préserver la perspective d'un accord économique entre le capitalisme chinois et les États-Unis, le régime stalinien est plus que disposé à offrir une victoire diplomatique au criminel de guerre Trump, et ce, au détriment de son allié apparent, l'Iran.

Mais les fantasmes des cliques dirigeantes de Pékin et Moscou sont incompatibles avec les impératifs de l'impérialisme américain. Un nouveau partage du globe et de ses ressources entre les grandes puissances est déjà bien engagé, et les États-Unis n'ont pas l'intention d'accepter pacifiquement une quelconque remise en cause de leur hégémonie. Au contraire, Washington fait clairement comprendre à Pékin et à Moscou qu'ils sont les prochains dans le collimateur.

Depuis plus de trente ans, Washington cherche à compenser son déclin économique accéléré en déployant sa supériorité militaire toujours écrasante dans une série de guerres d'agression sanglantes. Dans la continuité de cette stratégie, la guerre menée par l'impérialisme américain contre l'Iran vise en premier lieu à éliminer le principal obstacle régional à la domination des États-Unis sur le Moyen-Orient, une région clé pour l'exportation d'énergie et stratégiquement située sur les routes commerciales entre l'Asie et l'Europe.

Mais l'objectif fondamental de cette guerre est d'accroître l'isolement stratégique et économique de la Russie et de la Chine, cette dernière étant particulièrement dépendante des importations de pétrole iranien à bas prix. Le conflit a débuté moins de deux mois après l'enlèvement par Washington du président vénézuélien Nicolás Maduro et l'installation à Caracas d'une marionnette docile. Le Venezuela, qui était jusqu'en janvier 2026 un important exportateur de pétrole vers la Chine, est en passe de devenir un fief des conglomérats énergétiques américains.

Aujourd'hui, toutes les puissances impérialistes ont jeté aux orties les dernières contraintes imposées par le droit international et la diplomatie après les horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Comme l'expliquait le World Socialist Web Site il y a plus de deux ans, «on est en train d’effacer toutes les lignes rouges qui séparent la civilisation de la barbarie». La guerre d'anéantissement contre l'Iran, qui, avec le vote de mercredi, a désormais reçu l'aval de plus de 140 gouvernements par leur cosignature de la résolution 2817, a été précédée par le génocide des Palestiniens de Gaza perpétré par Israël avec le soutien des impérialistes. Ce massacre a été soutenu par les puissances impérialistes d'Amérique du Nord et d'Europe, qui non seulement ont fourni des armes aux bourreaux sionistes, mais ont aussi systématiquement réprimé toute forme d'opposition au génocide sur leur propre territoire.

Trump, à la tête de l'État impérialiste le plus puissant du monde, incarne la barbarie impérialiste dans sa forme la plus grotesque et la plus répugnante. Ses guerres d'agression à l'étranger vont de pair avec son opération visant à instaurer une dictature fasciste aux États-Unis.

Mais la direction prise est partout la même dans la classe dirigeante. Pas plus tard que cette semaine, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a déclaré dans un discours que «L’Europe ne peut plus être la gardienne de l’ancien ordre mondial, d’un monde révolu et qui ne reviendra pas.» Le président français, Emmanuel Macron, renforce l’arsenal nucléaire de son pays et s’engage à déployer ces armes sur tout le continent, tandis que l’élite dirigeante allemande prépare une nouvelle conquête du pouvoir mondial en dépensant 1000 milliards d’euros pour son armée. Afin de faire supporter l’intégralité du coût budgétaire militaire à la classe ouvrière, les élites dirigeantes du continent ouvrent la voie à l’accession au pouvoir des partis d’extrême droite.

L’idée, répandue chez les responsables gouvernementaux de Moscou et de Pékin, qu’il est possible d’éviter une guerre mondiale impérialiste grâce à une diplomatie habile et à un développement capitaliste «multipolaire» en rééquilibrant les relations entre États-nations concurrents est une illusion.

Il y a plus de trente ans, les principaux bureaucrates staliniens étaient persuadés que la dissolution de l'Union soviétique et la restauration du capitalisme suffiraient à ce que les impérialistes les accueillent à bras ouverts au sein des grandes puissances et du marché capitaliste mondial. Hier comme aujourd'hui, leurs projets nationaux de développement capitaliste se heurtent à la contradiction fondamentale du capitalisme mondial, celle entre la mondialisation de l'économie et le découpage du monde en États-nations – une contradiction qui précipite les grandes puissances dans une troisième guerre mondiale.

Léon Trotsky avait déjà abordé ces questions dans les années 1930, lors d'une précédente période d'effondrement du capitalisme. Alors que les puissances impérialistes courraient vers la Seconde Guerre mondiale, la bureaucratie stalinienne en Union soviétique rompit avec les derniers vestiges du programme de révolution socialiste mondiale, fit du Komintern le principal perturbateur et traître de la classe ouvrière internationale, et orienta la politique étrangère de l'Union soviétique vers le développement de liens diplomatiques avec les impérialistes par le biais de la Société des Nations afin de préserver la position privilégiée de cette bureaucratie.

Trotsky a dénoncé la fiction de la diplomatie impérialiste, écrivant en 1936 que «La Société des Nations dans sa défense du statu quo n'est pas une organisation de la 'paix' mais une organisation de la violence de la minorité impérialiste contre l'immense majorité de l'humanité. Cet 'ordre' ne peut être maintenu que par des guerres incessantes, petites et grandes, aujourd'hui aux colonies, demain entre les métropoles.»

Le seul moyen de mettre fin à la guerre impérialiste est la mobilisation de la classe ouvrière internationale autour d'un programme socialiste révolutionnaire. Comme l'a souligné David North lors du webinaire du World Socialist Web Site de dimanche dernier, consacré à l'arrêt de la guerre contre l'Iran, les socialistes ne doivent «pas suivre la carte de la guerre, mais celle de la lutte des classes».

L'urgence de cette orientation est mise en évidence par le vote du Conseil de sécurité de l'ONU. Alors qu'il n’y a chez aucun gouvernement du monde une opposition de principe au massacre des masses iraniennes et à la mise en danger de millions d'autres vies dans la région, l'opposition à la guerre parmi les travailleurs du monde entier est déjà forte et s'intensifiera à mesure que les conséquences économiques du conflit se feront sentir. La tâche qui incombe au Comité international de la Quatrième Internationale et à ses Partis de l'égalité socialiste est de doter ce mouvement naissant d'un programme socialiste visant à renverser le capitalisme, la cause profonde des guerres impérialistes.

(Article paru en anglais le 13 mars 2026)

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