Britain’s Gaza Secrets Exposed : Les gouvernements ont dissimulé des crimes de guerre pour protéger Israël et le commerce des armes

« Ce sont 48 personnes, 48 anniversaires, 48 vies et 48 rêves. À chaque instant, nous nous souvenons d’eux. »

Khitam Elian parle de sa famille, dont les 48 membres ont tous été tués lors d’une seule frappe israélienne, en novembre 2023, contre une maison de Nuseirat, dans une zone de Gaza qui était censée être sûre. Sa fille Roba décrit comment elle a vu pour la première fois les images sur les réseaux sociaux sans savoir de quoi il s’agissait : « Des gens étaient sous les décombres, et leurs jambes dépassaient… Je souhaitais qu’ils soient forts, avant de réaliser plus tard que c’était la maison de ma propre famille, et que ces jambes étaient celles des miens. » Les bébés, dit-elle, « n’avaient que quatre mois lorsque c’est arrivé… ils ont tous les deux été tués ».

Dispatches de Channel 4 : Britain’s Gaza Secrets Exposed [Photo: Screenshot: Channel 4 website / fair use]

L’enquête Dispatches de Channel 4, Britain’s Gaza Secrets Exposed (« Les secrets de la Grande-Bretagne sur Gaza dévoilés »), repose sur des témoignages de ce type et constitue une rupture rare avec le silence et les faux-fuyants qui caractérisent la couverture de Gaza par les médias britanniques. Elle démasque directement la complicité de la Grande-Bretagne dans la guerre d’Israël, ainsi que les mécanismes employés pour la dissimuler.

L’émission Dispatches: Britain’s Gaza Secrets Exposed avance que le soutien du Royaume-Uni à Israël est dicté par des intérêts stratégiques, diplomatiques et économiques. Israël est considéré comme un allié clé au Moyen-Orient, tandis que le maintien de ce soutien contribue à préserver l’alignement étroit de la Grande-Bretagne sur les États-Unis.

L’émission souligne l’importance du commerce des armes, en particulier le rôle de la Grande-Bretagne dans le programme international de l’avion de chasse F-35. Dans le cadre de ce que l’on appelle la « dérogation F-35 », les gouvernements successifs ont continué d’autoriser la livraison de composants fabriqués au Royaume-Uni à la chaîne d’approvisionnement multinationale du F-35, alors même que d’autres licences d’exportation étaient suspendues. Environ 360 millions de livres sterling de ces composants ont été fournis à la flotte de F-35 d’Israël, son avion de combat le plus important, tandis que des entreprises britanniques détiennent quelque 7,8 milliards de dollars de contrats F-35 en cours.

La principale conclusion de l’émission, fondée sur des documents internes du gouvernement jusqu’ici non publiés, parmi lesquels des évaluations juridiques de la conduite d’Israël à Gaza, est que le processus d’évaluation du respect du droit international humanitaire du Foreign Office, le ministère britannique des Affaires étrangères (International Humanitarian Law Compliance Assessment Process, IHLCAP), a été conçu pour faire en sorte qu’aucun crime de guerre ne puisse être constaté. Présenté comme un moyen d’évaluer les crimes de guerre présumés d’Israël, il a permis aux ventes d’armes de se poursuivre.

L’avocate Dearbhla Minogue a étudié les documents issus du recours en justice intenté par l’organisation palestinienne de défense des droits de la personne Al-Haq contre les exportations d’armes britanniques vers Israël. Elle a expliqué que la méthodologie était « fondamentalement incapable de permettre de conclure à une violation, à moins que l’auteur ne reconnaisse lui-même avoir enfreint le droit international humanitaire ».

Interrogée sur la possibilité qu’Israël soit un jour reconnu en situation de violation, elle a répondu : « Pas tant qu’ils ne l’admettent pas eux-mêmes… Si Israël ne dit rien ou affirme qu’il n’y avait rien à admettre, alors il n’y a rien à admettre. »

L’ancien Premier ministre David Cameron, rappelé au gouvernement par Rishi Sunak au poste de ministre des Affaires étrangères, a été personnellement informé que le blocus de Gaza par Israël pouvait constituer une violation du droit international humanitaire. Interpellé au Parlement, Cameron a recouru à des esquives : « Je ne suis pas avocat [...] Je ne peux pas me rappeler chaque papier qui m’a été soumis. » Il s’est dérobé dix fois à la question. Deux jours seulement après la frappe contre le convoi d’aide de World Central Kitchen, qui a tué trois travailleurs humanitaires britanniques, il a approuvé la poursuite des exportations d’armes britanniques vers Israël.

Le ministre des Affaires étrangères David Cameron (à gauche) s’entretient avec le secrétaire d’État des États-Unis Antony Blinken lors de sa visite à Washington [Photo by Foreign, Commonwealth & Development Office /Flickr / CC BY-NC-ND 2.0]

Au sein du Foreign Office, des centaines de fonctionnaires ont signé des lettres avertissant que le Royaume-Uni risquait d’être complice de crimes de guerre israéliens à Gaza. Des responsables du ministère ont déclaré à Dispatches qu’on les avait découragés d’employer des termes tels que « nettoyage ethnique » et « génocide », et ont décrit un climat d’intimidation.

L’ancien diplomate et lanceur d’alerte Mark Smith a déclaré avoir démissionné après avoir été témoin d’une « activité illégale au cœur du gouvernement » et avoir perdu confiance dans un système susceptible d’être manipulé, car « la nature de l’évaluation est telle qu’on peut en quelque sorte lui faire dire ce qu’on veut ». Évoquant la dévastation de Gaza, il a dit : « Ils ont détruit la grande majorité de tous les bâtiments résidentiels de Gaza. Je n’ai jamais rien vu de tel dans ma carrière, dans ma vie. » Lorsqu’il a contesté la politique du gouvernement, il a dit s’être heurté à un « déferlement » de demandes lui enjoignant de « supprimer ces e-mails », au motif qu’il « ne devait pas poser ces questions ».

Le documentaire donne la parole à des chirurgiens qui se sont portés volontaires pour travailler à Gaza. Le professeur Nick Maynard a décrit avoir soigné des groupes de jeunes garçons dont les blessures étaient d’une similitude frappante. « Un jour, il y avait 19 jeunes garçons, qui avaient tous reçu une balle dans la tête et dans le cou, et uniquement là. Un autre jour, surtout dans l’abdomen, un autre jour dans la poitrine, et un jour, ils ont reçu une balle dans les testicules. » Les violences étaient à ce point constantes que « l’on ne pouvait pas croire à une coïncidence », ce qui semblait indiquer un ciblage délibéré.

Maynard et d’autres médecins ont par la suite rencontré le Premier ministre travailliste de l’époque, Keir Starmer, mais n’ont pas été autorisés à présenter des preuves photographiques. La chirurgienne Victoria Rose a déclaré que les médecins n’avaient « pas eu le droit de partager l’écran » et que Starmer, « une toute petite silhouette tout au fond de l’écran », n’avait fourni aucune réponse. La conclusion de Maynard ? « Il ne fait aucun doute que nos hauts responsables politiques savent ce qui se passe, et le fait qu’ils l’ignorent équivaut, je le crois vraiment, à de la complicité. »

Channel 4 mérite quelque crédit pour avoir diffusé ces éléments à la télévision britannique, comme elle l’avait fait en juillet 2025 avec Gaza: Doctors Under Attack – après que la BBC l’avait commandé puis étouffé, faisant office de rouage de l’opération de dissimulation du gouvernement.

Pourtant, le film se clôt en demandant ce qui se passe lorsque la loi est « appliquée aux ennemis mais traitée différemment pour les alliés ». Il suppose qu’il existe un corpus de droit international et d’institutions étatiques destiné à encadrer les gouvernements, et que Gaza représente une dérive tragique par rapport à ces principes. Mais les propres éléments de preuve du documentaire pointent dans une tout autre direction. Ils montrent que le processus IHLCAP a été structuré de façon à produire des conclusions d’« absence de violation », et que les évaluations ont été transférées dans des cabinets politiques où les experts pouvaient être mis sur la touche. La loi n’a pas été traitée différemment par accident : elle a fonctionné comme un instrument de la politique de l’État. Le recours d’Al-Haq contre les exportations d’armes britanniques a échoué, les juges insistant sur le fait que de telles décisions relevaient des ministres. De même, les décisions de la Cour internationale de justice (CIJ) ont été ignorées avec le soutien de la Grande-Bretagne et des États-Unis.

Les limites politiques du documentaire apparaissent le plus clairement dans son traitement du Parti travailliste. Il met en évidence le refus des travaillistes de reconnaître le génocide, leur soutien à la « dérogation F-35 » et le fait que le gouvernement de Keir Starmer a approuvé, au cours des trois derniers mois de 2024, des licences d’exportation d’équipements militaires vers Israël pour 127,6 millions de livres sterling, soit plus que le total approuvé sous les conservateurs au cours des quatre années précédentes.

Pourtant, il présente l’obstination des travaillistes à fournir des armes à Israël et à en autoriser l’exportation, malgré les preuves de crimes de guerre, les inquiétudes juridiques et l’opposition de l’opinion publique, comme un écart entre le discours et la réalité, en se demandant si leurs mesures sont « aussi significatives qu’ils le disent ».

Cela suggère que le Parti travailliste n’est pas à la hauteur de ses principes. Les éléments présentés mènent à une tout autre conclusion : le soutien des travaillistes à Israël s’inscrit dans la continuité de la politique impériale britannique, menée par les gouvernements des deux partis.

La secrétaire générale du syndicat PCS, Fran Heathcote, est présentée comme la porte-parole des fonctionnaires qui mettent en garde contre la complicité britannique dans des crimes de guerre. On la laisse exposer leurs préoccupations sans la presser de dire ce que le syndicat a réellement fait. Au lieu de mobiliser ses membres pour qu’ils refusent de coopérer, la bureaucratie syndicale a cantonné l’opposition à des lettres, des plaintes en justice et des appels adressés aux ministres mêmes qui mettent en œuvre cette politique.

La question politique centrale – qui peut mettre un terme à cela, et comment – reste sans réponse. L’opposition mondiale à la guerre et les manifestations de masse n’apparaissent qu’en marge, et le rôle que doivent jouer les travailleurs dans la lutte contre le génocide n’est bien sûr jamais envisagé, ce qui enferme le documentaire dans le cadre politique même qu’il entendait critiquer.

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