Le Parti de l’égalité socialiste (Canada) a tenu une réunion publique à Montréal le 17 octobre au lendemain des élections québécoises ayant porté au pouvoir un gouvernement minoritaire du Parti québécois (PQ) qui va intensifier l’assaut patronal sur la classe ouvrière.
Le but de la réunion était d’élaborer une perspective pour la mobilisation politique indépendante des travailleurs à travers le Canada contre le programme d’austérité, de nationalisme et de guerre auquel sont voués autant le PQ de Paul St-Pierre Plamondon que le gouvernement libéral fédéral de Mark Carney et le gouvernement Trump aux États-Unis.
Le rapport d’ouverture, présenté par un membre dirigeant du PES, a placé la profonde crise socio-économique et «constitutionnelle» du Canada dans le contexte de l’effondrement de tout l’ordre capitaliste international et l’émergence d’une troisième guerre mondiale.
Une discussion animée a suivi, portant sur des questions historiques cruciales telles que la signification de Léon Trotsky et de sa théorie de la révolution permanente, la base objective de l’internationalisme, l’évolution de la conscience de classe et le rôle de l’avant-garde révolutionnaire.
Nous reproduisons ci-dessous le rapport d’ouverture, adapté en vue de sa publication.
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Les élections du 5 octobre ont porté au pouvoir un gouvernement minoritaire dirigé par le Parti québécois (PQ) de Paul St-Pierre Plamondon. Ce gouvernement va intensifier l'assaut sur la classe ouvrière en attisant le chauvinisme québécois, dirigé en particulier contre les minorités.
La colère sociale face à l'effondrement des services publics et du niveau de vie est immense. La CAQ (Coalition Avenir Québec), qui a passé les huit dernières années au pouvoir à démanteler les programmes sociaux en faisant des immigrants les boucs émissaires de la crise sociale, a été rayée de la carte.
Mais le PQ n'a aucun mandat populaire. En tenant compte de l’abstention, moins d'un électeur sur cinq a voté pour lui.
Le PQ a adopté le langage de l'extrême droite, de Milei en Argentine à Marine Le Pen en France, en passant par Donald Trump. Dans une version québécoise de la théorie fasciste du «Grand remplacement», St-Pierre Plamondon accuse l’«élite canadienne» de chercher, avec son «multiculturalisme», à «noyer» le peuple québécois francophone dans une marée d’immigrants afin d’annihiler la «nation québécoise» et sa culture française.
Il promet de mener «le plus grand exercice contre le gaspillage» de l'histoire du Québec en s'attaquant à la «bureaucratie», c'est-à-dire aux services publics et aux salaires des travailleurs de l'État qui les fournissent, notamment par la création d'un Secrétariat à l'efficacité gouvernementale calqué sur le DOGE de Donald Trump et Elon Musk.
Ce gouvernement péquiste, entièrement voué à l'austérité et au chauvinisme québécois, entrera rapidement en conflit frontal avec la classe ouvrière.
C'est exactement ce qu'on voit déjà avec le gouvernement libéral fédéral de Mark Carney, qui cherche à exploiter la colère légitime des travailleurs face aux tarifs punitifs de Trump et à ses menaces d'annexer le Canada.
Si la bourgeoisie canadienne s'oppose à ce programme, c’est seulement pour défendre ses propres profits et privilèges. Comme Carney l’a déclaré de manière retentissante, l’impérialisme canadien ne sera pas «au menu» dans cette nouvelle ère de conflits entre grandes puissances; il s’assurera plutôt une «place à la table» où les puissances impérialistes se repartagent le monde par l’agression et la guerre mondiale.
Tout en proclamant que «nous sommes tous dans le même bateau» pour s’opposer à Trump, la classe dirigeante, sous la direction de Carney, a mis en œuvre une grande partie du programme socio-économique de ce dernier.
Lançant une nouvelle vague d’austérité dans les dépenses sociales, le gouvernement Carney a supprimé plus de 22.000 emplois dans la fonction publique fédérale et imposé des coupes de 15 % aux ministères, particulièrement ceux qui fournissent des services publics essentiels – Immigration, Emploi et Développement social, Transports, Santé.
Il a mis en place des hausses massives des dépenses militaires, une «méga» réduction de l’impôt sur les sociétés, et la «normalisation» des pouvoirs nouvellement accaparés par le ministre fédéral du Travail pour criminaliser les grèves au nom de l’«intérêt national».
Parallèlement, Ottawa a entrepris de resserrer ses liens avec l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et les autres puissances impérialistes européennes, en se fondant sur leur intérêt commun à poursuivre la guerre contre la Russe et développer leurs capacités militaro-industrielles indépendamment de leur ancien allié américain. Le gouvernement Carney a porté le budget militaire à plus de 63 milliards de dollars et s'est engagé à atteindre 5% du PIB d'ici 2035, selon les exigences de l’OTAN.
Tournant à droite? Oui, de l’élite dirigeante
Les grands médias ont interprété le résultat de l’élection québécoise comme étant le signe d’un tournant vers la droite de la population. Il n’en est rien. C’est la classe dirigeante qui se tourne vers la droite et l’extrême-droite.
Imposer le fardeau de la crise sur le dos des travailleurs ne peut pas se faire de façon démocratique. Il est nécessaire pour la classe dirigeante d’utiliser des méthodes de dictature et de mobiliser les éléments les plus réactionnaires.
Mais qu’est-ce qui a rendu possible un tel virage? Ce sont les appareils bureaucratiques syndicaux qui, au cours des dernières décennies, ont systématiquement isolé et trahi les luttes ouvrières, gardant les travailleurs prisonniers du carcan de la politique capitaliste officielle tout en promouvant, respectivement, le nationalisme québécois et canadien.
Au Canada anglais, les syndicats et le NPD ont soutenu les gouvernements libéraux successifs de Trudeau et Carney alors que ceux-ci basculaient nettement à droite. Aujourd'hui, face à une attaque historique contre le droit de grève des travailleurs, ils se contentent de proposer à ces derniers d'écrire à leurs députés et d'organiser des manifestations symboliques devant les bureaux des élus gouvernementaux.
Au cours des dernières années au Québec, les chefs syndicaux ont étouffé l’opposition sociale des travailleurs et torpillé leurs luttes combatives – un demi-million de travailleurs du secteur public en grève en 2023-2024, des grèves à Postes Canada, à Air Canada, pour ne citer que ces exemples récents. Ils se préparent aujourd’hui à travailler main dans la main avec le nouveau gouvernement péquiste au nom du «dialogue social».
Dans un geste qui exprime la position de toutes les centrales syndicales, la présidente de la FTQ, Magali Picard, a assisté au congrès du PQ en janvier dernier où elle a salué son supposé «préjugé favorable aux travailleurs». Cette formule, invoquée par René Lévesque dans les années 1970, a toujours été mensongère. Elle a été violée par chaque gouvernement péquiste qui a imposé l’austérité et les lois anti-ouvrières les plus draconiennes. En la faisant renaître aujourd’hui, St-Pierre Plamondon emploie un type de démagogie sociale qui est l’apanage des dirigeants d’extrême-droite comme Trump ou le chef conservateur canadien Pierre Poilièvre.
Dans les trahisons des luttes ouvrières, le principal outil idéologique utilisé au Québec par la bureaucratie syndicale, et ses alliés au sein de la pseudo-gauche comme Québec solidaire, est le nationalisme québécois.
C’est-à-dire le mensonge selon lequel les travailleurs du Québec auraient davantage en commun avec l'élite dirigeante francophone qu'avec leurs frères et sœurs de classe dans le reste du Canada, aux États-Unis, au Mexique et ailleurs dans le monde. Cela sert à les diviser de leurs véritables alliés, et à les maintenir sous le contrôle politique de la bourgeoisie québécoise.
Et c’est précisément pour cela que tout est fait – par les partis établis, les grands médias, les chefs syndicaux et les représentants de la «gauche officielle» – pour restreindre les horizons des travailleurs aux seules frontières du Québec.
C’était particulièrement évident dans la couverture des dernières élections provinciales. Alors que celles-ci se déroulaient dans un contexte international explosif (tensions géopolitiques, multiples guerres, inflation galopante), pas un mot n’en a filtré.
Mais le provincialisme québécois ne peut pas faire écran à la réalité mondiale.
Le monde d’aujourd’hui est dominé par le militarisme, le basculement vers des régimes autoritaires, la concentration des richesses, l’explosion des inégalités sociales et – conséquence de tout cela et fait politique le plus déterminant – la radicalisation internationale de la classe ouvrière.
Cette crise de l’ordre capitaliste est systémique et totale.
Elle est environnementale. Le réchauffement climatique n'est plus une menace lointaine, mais une réalité tangible d'un bout à l'autre de la planète, sous la forme de canicules meurtrières, d'inondations catastrophiques, de feux de forêt dévastateurs et de sécheresses qui détruisent les récoltes.
Elle est sanitaire, comme l'a montré la pandémie de COVID et la réponse de l’élite dirigeante qui a été de sacrifier la santé publique et la vie humaine pour maintenir le flux ininterrompu des profits.
Elle est économique. Les salaires ne suivent pas la flambée des prix de la nourriture, du logement et de l'énergie. Des millions de familles sont plongées dans la pauvreté et la détresse, tandis que la fortune des oligarques a bondi. À cela s'ajoute un endettement public sans précédent: la dette des États-Unis a franchi la barre des 40.000 milliards de dollars. Le Canada est lui aussi plongé dans des déficits records – des dettes accumulées pour renflouer les banques et l'oligarchie financière, notamment par une baisse massive de l’impôt sur les riches – que la classe dirigeante entend faire payer aux travailleurs par l'austérité la plus draconienne.
Émergence d’une Troisième Guerre mondiale
Mais son expression sans doute la plus aiguë est l'émergence d'une troisième guerre mondiale, qui se propage sur cinq continents.
Le génocide à Gaza, la guerre contre l'Iran et l'escalade du conflit en Ukraine constituent les fronts interconnectés de cette guerre mondiale.
Ce qui a commencé comme une guerre par procuration en Ukraine, fomentée par les puissances impérialistes, s'est transformé en une guerre non déclarée, mais bien réelle contre la Russie. Les attaques de drones – et maintenant de missiles à longue portée – contre la Russie sont facilitées et dirigées, sans le moindre effort de dissimulation, par les puissances de l'OTAN (y compris le Canada). La possibilité d’une contre-attaque russe sur des pays membres de l'OTAN augmente de jour en jour. Et avec elle, le risque d’un échange nucléaire.
C'est dans ce contexte que le régime de droite de Volodymyr Zelensky a condamné à 15 ans de prison le socialiste ukrainien Bogdan Syrotiuk, dirigeant de la Jeune Garde des bolcheviks-léninistes. Son seul crime? Avoir écrit des articles pour le World Socialist Web Site appelant les travailleurs russes et ukrainiens à s'unir contre la guerre impérialiste et leurs gouvernements respectifs.
Au coeur des conflits mondiaux se trouve la confrontation avec la Chine, qui est devenue la deuxième économie mondiale et une source majeure d’investissements à l’étranger – remettant en question le rôle dominant du dollar américain dans le commerce mondial. C'est précisément ce que Washington ne peut tolérer: le capitalisme américain, croulant sous les dettes, désindustrialisé et dépendant d’une spéculation financière frénétique basée sur le rôle hégémonique du dollar, est incapable d'accepter la montée d'un rival. Il prépare ouvertement la guerre contre la Chine – et y entraîne ses alliés, dont le Canada, qui se range de plus en plus derrière l'offensive anti-chinoise de Washington.
Quelle est la cause profonde de cette crise mondiale? C’est la contradiction fondamentale entre l'intégration mondiale des forces productives et le cadre des États-nations dans lequel le capitalisme est historiquement enraciné.
Elle élève au plus haut niveau la lutte historique de notre époque entre les efforts violents des grandes puissances pour un redécoupage de la planète et la lutte consciente de la classe ouvrière internationale pour préserver l’humanité de l’extinction. L’alternative est la suivante: barbarie impérialiste ou révolution socialiste mondiale.
Rupture de l’alliance traditionnelle entre le Canada et les États-Unis
Les droits de douane de Trump et ses menaces d'annexion visant le Canada ne sont pas les caprices d'un homme. Ils s'inscrivent dans une stratégie bien définie: établir une domination impérialiste américaine sans entraves sur l'ensemble de l'hémisphère occidental, ses ressources et ses territoires stratégiques, comme base pour mener la guerre contre les principaux rivaux de Washington, au premier rang desquels figure la Chine.
Dans une nouvelle version de la doctrine Monroe du 19e siècle qui a vu les États-Unis déclarer l'hémisphère occidental leur chasse gardée, Trump proclame le «droit» de l'impérialisme américain de s'emparer des ressources et des infrastructures essentielles, de dicter la politique des États, de renverser des gouvernements et d'annexer des territoires, de l'océan Arctique à la Terre de Feu.
Le 3 janvier dernier, les États-Unis ont envahi le Venezuela et enlevé son président, Nicolás Maduro, pour s'emparer des réserves pétrolières du pays et le transformer en État vassal. Dans la foulée, la Maison-Blanche a menacé d'attaquer Cuba et d'annexer le Groenland. Le canal de Panama, par lequel transite une part essentielle du commerce mondial, est lui aussi dans la mire de Washington, qui menace d’en reprendre contrôle par la force.
C'est dans ce cadre que s’inscrit la guerre commerciale lancée contre le Canada. Trump veut un accès sans entrave aux minéraux essentiels et à l'eau du Canada, considérés comme indispensables à l'économie de guerre américaine. Il compte utiliser la «force économique» pour remodeler l'économie canadienne dans l'intérêt de Wall Street, et faire pression pour que le Canada – ou du moins certaines de ses parties – soit absorbé par les États-Unis. La menace d’en faire un «51e État» n'est pas une boutade: c'est l'expression de la volonté de l'oligarchie américaine de revenir ouvertement à la conquête et à l'annexion de territoires.
Résurgence de la lutte de classe internationale
S’il y a un élément qu'il faut bien saisir, peut-être le plus important de toute cette présentation, c’est que les mêmes contradictions objectives qui alimentent la guerre mondiale, la dictature et l'assaut anti-ouvrier de l’élite dirigeante alimentent également l'entrée en action de la force sociale capable d'y mettre fin: la classe ouvrière internationale.
La bourgeoisie ne se tourne pas vers la guerre et la dictature par choix subjectif, mais par nécessité. Elle le fait parce qu'elle ne peut plus maintenir sa domination par les moyens de la démocratie bourgeoise, parce que la crise du capitalisme mondial l'oblige à attaquer toujours plus directement les conditions de vie des travailleurs dans le cadre d’une lutte inter-impérialiste féroce pour le contrôle des marchés, des ressources critiques et des chaînes d’approvisionnement. Mais chaque attaque, chaque guerre, chaque mesure d'austérité produit son contraire: elle pousse des millions à entrer en lutte.
Aux États-Unis, une vague de grèves a déferlé à travers le pays au cours de la dernière période – dans l'enseignement, l'automobile, la santé. Au Minnesota, des manifestations de masse ont éclaté contre la dictature et les meurtres commis par la gestapo de l'immigration (ICE), suivis d’appels à une grève générale.
Au Canada, nous l'avons vu, un demi-million de travailleurs du secteur public ont fait grève en 2023-2024, suivis des postiers, des cheminots, des agents de bord d'Air Canada, pour ne nommer que ceux-là.
Au Mexique, des grèves ont éclaté plus tôt cette année parmi des ouvriers de l’auto et du pneu ainsi que des enseignants de la CNTE, tandis qu’un conflit intense se poursuit aujourd’hui parmi les travailleurs de la santé de l’IMSS. En 2019, dans un geste témoignant d’une prise de conscience de la nécessité pour la classe ouvrière de s’unir par-delà les frontières nationales, 70.000 grévistes mexicains fabriquant des pièces d’auto dans les maquiladoras de Matamoros ont marché jusqu'à la frontière pour appeler les travailleurs américains à «se réveiller» et à se joindre à eux.
L’Europe traverse une période de grandes convulsions sociales. En Espagne, des manifestations de masse contre le coût inabordable du logement ont secoué plus de cinquante villes, dominées par un mot d'ordre qui en dit long: «Vers la grève générale». Face à cette rébellion populaire, le gouvernement social-démocrate de Pedro Sánchez a convoqué des élections anticipées, non pour satisfaire les revendications des travailleurs, mais pour tenter d'étouffer le mouvement.
C’est sans doute en France que cette explosion de la lutte de classe atteint le niveau le plus avancé. Une révolte des lycéens et des étudiants a mobilisé des centaines de milliers à travers le pays. Mai 68 est dans tous les esprits. Alors même qu’on tient notre réunion, le mouvement s'élargit avec une journée d'action nationale appelant à un nouveau mouvement des gilets jaunes sur la question du pouvoir d'achat et des inégalités sociales. La jeunesse se mobilise, mais elle ne peut pas, à elle seule, donner suite à ses propres revendications: c'est en se tournant vers la classe ouvrière qu’elle trouvera la seule force sociale capable de renverser le capitalisme et de réorganiser la société pour satisfaire les besoins sociaux de tous.
La crise de l’État fédéral canadien
La crise capitaliste mondiale, et en particulier la poussée agressive de l'impérialisme américain sous Trump, exacerbe les forces centrifuges qui ont historiquement fragilisé l'État fédéral canadien. Cela soulève la nécessité vitale pour la classe ouvrière de définir une position de classe indépendante dans ce qu'on appelle la «crise constitutionnelle».
Le nouveau gouvernement péquiste s'est engagé à tenir un référendum sur l'indépendance du Québec d'ici 2030. De son côté, la Première ministre d'extrême droite de l'Alberta, Danielle Smith, organise une consultation populaire dont l’une des dix questions porte sur la tenue d'un référendum contraignant sur la sécession de l'Alberta. St-Pierre Plamondon s'est d'ailleurs vanté de ses liens «fraternels» avec les sécessionnistes albertains d'extrême droite, et s'est dit prêt à faire cause commune avec Smith pour réclamer davantage de pouvoirs à Ottawa.
Il s’agit là d’une crise de l'impérialisme canadien et de son État fédéral, d’une dispute entre factions rivales de la bourgeoisie pour savoir qui contrôlera les ressources naturelles, les marchés et le les profits tirés de l'exploitation des travailleurs – et qui s'assurera la meilleure part dans le nouveau partage impérialiste du monde.
Le référendum albertain a pour objectif central d’accroître le pouvoir et la richesse des barons de l'énergie et de l'élite financière de l'Alberta.
Le projet séparatiste du PQ vise un but similaire, au profit cette fois de l’élite dirigeante québécoise. L'indépendance du Québec signifierait la création d'un nouvel État capitaliste et impérialiste, aligné sur Washington, fondé sur le chauvinisme anti-immigrant, l'austérité et le réarmement. Le PQ s'est engagé à doter un Québec indépendant de sa propre armée, à demander l'adhésion à l'OTAN et au NORAD et à porter les dépenses militaires à 5% du PIB. Les ressources déjà insuffisantes pour couvrir les dépenses sociales seraient alors largement redirigées vers la machine de guerre.
Ce programme réactionnaire bénéficie du soutien actif de la bureaucratie syndicale au Québec et d'une couverture «de gauche» fournie par Québec solidaire. Ce dernier a endossé le tournant de la politique officielle au Québec vers le chauvinisme anti-immigrant comme étant un débat légitime. QS refuse de qualifier la politique du PQ de xénophobe. Il rejette tout parallèle entre un St-Pierre Plamondon qui flirte avec les milieux de l’extrême-droite et les figures de proue du fascisme international comme Trump ou Marine Le Pen. Représentant de couches privilégiées de la classe moyenne supérieure, Québec solidaire s'intègre à l'establishment politique en diluant continuellement ses timides promesses réformistes. Hostile à la lutte de classe, il soutient invariablement la bureaucratie syndicale dans ses trahisons des travailleurs de la base.
La classe ouvrière doit se démarquer de toutes les factions bourgeoises rivales
Pour revenir aux implications de la séparation du Québec, celle-ci reviendrait à ériger une nouvelle barrière étatique pour diviser encore plus les travailleurs québécois de leurs frères et sœurs de classe du reste du Canada et du monde. Un danger similaire guette les travailleurs de l’Ouest canadien avec le projet sécessionniste de l’extrême-droite albertaine.
Face à cette crise, quelle doit être la position des travailleurs? Elle doit être une position de classe indépendante, basée sur le rejet de tous les camps rivaux de la classe dirigeante – séparatistes québécois, sécessionnistes albertains ou fédéralistes canadiens.
La campagne pro-Canada menée par Carney, appuyée par les syndicats et le NPD, oppose au sécessionnisme albertain – et au séparatisme québécois – un nationalisme canadien tout aussi virulent. C'est sous cette bannière que la classe dirigeante poursuit ses visées prédatrices, au détriment des travailleurs, au pays comme à l'étranger. Rappelons-nous les mots de Carney: l'impérialisme canadien ne veut pas être «au menu», mais «à la table» où les puissances se repartagent le monde.
Pendant que ces factions se disputent, elles sont unanimes sur un point: le poids de la crise doit être entièrement porté par la classe ouvrière. Le gouvernement Carney s'est associé à celui de Smith pour démanteler les protections environnementales et fermer les yeux sur la privatisation des soins de santé. Le PQ et le gouvernement fédéral, malgré leurs disputes, mènent la même offensive d'austérité et de réarmement.
La seule réponse viable des travailleurs à cette crise «constitutionnelle» de l’État fédéral est de s'opposer fermement à tous les camps rivaux de la classe dirigeante canadienne et à toutes leurs bannières: défense du Canada, souverainisme québécois, régionalisme de l’Ouest, ou sécessionnisme albertain.
Toutes ces formes de nationalisme sont des instruments idéologiques et politiques de la grande entreprise pour diviser la classe ouvrière canadienne et attaquer plus férocement les services publics et les conditions de travail afin de financer la militarisation de la société et le réarmement en vue de la guerre mondiale.
Le Parti de l’égalité socialiste préconise l'unité de la classe ouvrière, par-delà les frontières provinciales et nationales. Les travailleurs du Québec, de l'Alberta, de l'Ontario et de tout le Canada ont les mêmes conditions de vie, les mêmes ennemis, les mêmes intérêts de classe.
La grève en cours des métallos chez National Steel Car à Hamilton, la vague de rejets de conventions collectives dans l'industrie automobile américaine, la menace de licenciements qui pèse sur des milliers de travailleurs à cause de la guerre commerciale – tout cela montre que les conditions objectives sont réunies pour unifier les travailleurs par-delà toutes les divisions artificielles.
C'est pourquoi les travailleurs conscients partout au Canada doivent s’orienter vers la vague d'opposition des travailleurs américains contre Trump et l'oligarchie qu'il représente.
Dans la lutte commune pour repousser l’assaut patronal sur les emplois, les salaires, les services publics et les droits démocratiques, les travailleurs des deux côtés de la frontière doivent construire des comités de la base, complètement indépendants des bureaucraties syndicales, sur leurs lieux de travail et dans leurs quartiers. Ces comités de lutte doivent être reliés entre eux à l'échelle internationale dans le cadre de l'Alliance ouvrière internationale des comités de base (IWA-RFC).
Construire une direction révolutionnaire
Une telle mobilisation de la force sociale des travailleurs exige la construction d’une direction révolutionnaire au sein de la classe ouvrière, qui soit historiquement basée sur une perspective socialiste et internationaliste.
C’est la signification du congrès fondateur qu’a tenu le Parti de l’égalité socialiste en août dernier en tant que section canadienne du Comité international de la Quatrième Internationale. Le CIQI est le mouvement trotskyste mondial, seul représentant du marxisme contemporain. Depuis plus d’un siècle, il mène une lutte implacable et de principe pour l’indépendance politique de la classe ouvrière et l’internationalisme socialiste contre toutes les agences de l’impérialisme au sein du mouvement ouvrier : le stalinisme (produit de la dégénérescence bureaucratique de l’Union soviétique), la social-démocratie, la bureaucratie syndicale, le nationalisme bourgeois et l’opportunisme pabliste.
Le congrès fondateur du PES s’est tenu dans le contexte d’une accélération de la crise mondiale du capitalisme, au sein de ce que le CIQI a défini comme la décennie de la révolution socialiste. Une troisième guerre mondiale entre puissances impérialistes, visant à un nouveau partage violent du monde, n’est plus une menace future, mais une réalité qui se concrétise rapidement. Les inégalités sociales atteignent un point de rupture, et la classe dirigeante de tous les grands centres capitalistes se tourne vers des formes de gouvernement autoritaires pour imposer aux travailleurs les attaques nécessaires à la conduite de la guerre et à l’enrichissement accru de l’oligarchie financière.
La lutte du parti pour résoudre la crise de la direction révolutionnaire revêt donc une urgence capitale. Les débats du congrès fondateur du PES étaient guidés par la compréhension que la radicalisation de dizaines de millions de travailleurs à travers le monde, sous l'effet de la guerre et de la dégradation des conditions de vie, converge de plus en plus avec la lutte menée depuis des décennies par le CIQI pour défendre et développer le programme de la révolution socialiste mondiale. Ce processus n'est toutefois pas automatique. Il dépend de l'intervention consciente du CIQI et de ses sections au sein de la classe ouvrière afin d'armer politiquement ses luttes d'un programme, d'une stratégie et d'une direction révolutionnaires.
En renforçant l'identité trotskyste du PES et en élaborant les conceptions programmatiques devant animer le combat pour l'internationalisme socialiste au sein de la classe ouvrière canadienne, le congrès fondateur a porté cette lutte à un niveau supérieur.
Permettez-moi d’appuyer cette évaluation en citant, pour conclure ma présentation, quelques passages clés de la Déclaration de principes du PES adoptée à ce congrès:
4. Peu importe où les luttes révolutionnaires de la classe ouvrière éclatent en premier, que ce soit dans un pays capitaliste avancé ou moins développé, en Europe, en Asie, en Afrique, en Amérique du Nord, en Amérique du Sud ou en Australasie, la conflagration sociale prendra inévitablement des dimensions mondiales. La révolution socialiste ne sera pas et ne peut pas être achevée dans un cadre national. Comme l’avait prévu Trotsky dans sa théorie de la révolution permanente, elle s’achèvera sur l’arène mondiale.
5. La stratégie de la classe ouvrière, au Canada comme dans tous les pays, doit partir d’une analyse des conditions mondiales. La logique géographique, historique et économique veut que la transformation socialiste du Canada ne puisse se réaliser que par l’unification des luttes de la classe ouvrière au Canada, aux États-Unis et au Mexique, et par leur lutte révolutionnaire commune pour établir le pouvoir ouvrier et les États socialistes unis d’Amérique du Nord.
6. À cette fin, le PES lutte pour que les travailleurs canadiens fassent de l’unité objective de la classe ouvrière nord-américaine leur stratégie de classe consciente. Ils doivent raviver les puissantes traditions de lutte commune des classes ouvrières canadienne et américaine et leur insuffler un contenu socialiste supérieur...
Voilà notre réponse socialiste au nationalisme canadien, au séparatisme québécois et au sécessionnisme albertain, ainsi qu’aux menaces de Trump et à la guerre commerciale réactionnaire qui fait rage entre l’impérialisme canadien et l’impérialisme américain.
J’appelle tous les participants à cette réunion à se joindre à nous dans cette lutte. Adhérez au PES!
